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le quartier du Réal
  Les Tanneries    (maj : 24/09/2013)
  Je vous invite à visionner ce documentaire daté de 1981 et diffusé sur le site de ina.fr (le seul que j'ai trouvé sur les tanneries de Barjols)------> cliquez ici  
  Mme Muratore Geneviève vient de me faire parvenir 4 photos de groupes de tanneurs du début des années 1900, que détenait sa mère née à Barjols en 1927.

De nombreux visages restent ''sans nom''. Le hasard faisant bien les choses, peut-être reconnaîtriez-vous l'un d'entre eux. Dans cette heureuse éventualité , je vous saurais très reconnaissant de bien vouloir me le communiquer à l'adresse suivante :eugene.tanniou@free.fr.
D'avance je vous remercie.

 
  Je tiens à remercier Mrs A.F.PLAUCHUD, P.AUBERT et E.BLANCO de m'avoir permis d'utiliser leurs informations et leurs photos.

Peut-on parler de Barjols, sans évoquer un passé, certes douloureux et pénible dans le labeur quotidien si on en juge par le "silence" des personnes qui l'ont vécu, mais o combien rempli d'émotions et de solidarité, je veux parler des TANNERIES.
   Si, aujourd'hui, les murs "extérieurs" nous permettent de juger de la place importante (tant en volume qu'en "vie sociale") occupée par les tanneries dans Barjols, comme le démontrent les photos ci-dessous, l'intérieur de ces bâtiments hélas, nous "livre" peu de documents et de photos.

   Cependant, deux "jeunes dynamiques" barjolais, P.Aubert (club photo) et E.Blanco (éditions Plaine Page) ont tenté, depuis de nombreuses années dans le cadre des journées du Patrimoine, de "réveiller" ce passé en invitant des "anciens(nes) tanneurs" (Joseph Beoletto, Laurent Bertaina, André Canebier, Joseph Lahoz, Marguerite Miktarian, Nello Roberi, Pierrette Panaro, Albert Plauchud) à évoquer leur "HISTOIRE" en parcourant les ruelles au milieu de leurs usines, aujourd'hui silencieuses.

vers 1890

vers 1950

en 1961

en 2010 

en 2012


   Ce travail admirable de mémoire vivante de paroles et d'images a permis, à nos deux jeunes barjolais, la création d'un DVD et la publication du livre ''LES ENTRE PEAUX'' qui a été présenté lors des journées du Patrimoine du 18 et 19 septembre 2010.
 

 

en 1950    (cliquez sur la photo)

aujourd'hui     (cliquez sur la photo)

 
 .
1 - les tanneries de Barjols (fascicule de A.F.Plauchud - en ? ) 
(maj : 27/05/2008)

 . 2 - regards sur la cité ; les tanneries : toute une vie, il n'y a rien à dire (fascicule de P.Aubert - en 2003)

 . 3 - les différentes étapes du tannage

 . 4 - le glossaire
 


I - LES TANNERIES DE BARJOLS (fascicule de A.F.PLAUCHUD) 
(maj : 27/05/2008)

        .En 1608 : C'est à partir de cette année là que l'on commence à trouver des renseignements sur l'industrie à Barjols. SULLY féru d'agriculture, ne s'intéressait que peu à l'industrie, mais son maître et ami, HENRI IV, y pensait si bien que lorsqu'il disait vouloir que chaque français puisse mettre la poule au pot le dimanche c'est qu'il pensait que, grâce à l'industrie, ce rêve était réalisable. En particulier en cette année de 1608 il autorisa le sieur Jean-Baptiste VAILLANT à installer une usine de tannerie avec d'appréciables avantages fiscaux. C'est ainsi que naquit la première tannerie à Barjols, probablement la première industrie, tannerie qui devait continuer à être diriger  par des VAILLANT de père en fils jusqu'en 1974 et s'arrêter en 1981.

        .La tannerie a pour objet de transformer les peaux de certains animaux en cuir, c'est-à-dire, de passer d'une matière putrescible à un matériau imputrescible. Elle est l'application, d'abord empirique, puis de nos jours, technique d'une réaction chimique entre deux éléments pour en composer un troisième.
Le milieux aqueux est indispensable comme dans l'ensemble des phénomènes chimiques et biologiques. Le cuir tanné issu de ce stade est ensuite façonné dans un ensemble d'opérations mécaniques et physiques, appelées corroyage ou corroierie, pour l'adapter à ses utilisations (chap. 3 et 4). Barjols détenait des atouts :
 - l'eau
à profusion,
 - le relief :
l'eau arrivait en cascade le long du réal et entraînait, bien avant l'électricité de nombreux tonneaux à foulon et machines diverses,
 - la végétation :
le tanin végétal utilisé à l'époque était l'écorce de chênes blancs ou verts abondants dans la région.

 La tannerie devint alors le moteur de l'économie de Barjols durant plus de 300 ans

les Perles vers 1900

aujourd'hui

        Jusqu'à l'avènement de l'ère industrielle, au XVIII et XIX ème siècles, chaque collectivité avait son ou ses bouchers, tanneurs et cordonniers. Le passage à l'industrie et sa conséquence, l'ouverture vers l'extérieur, conduisirent la tannerie du stade artisanal au stade industriel et à sa spécialisation. L'outil est polyvalent, la machine ne l'est pas. Les tanneurs optèrent pour les peaux de bovins, les mégissiers pour celles d'ovins et de caprins, les pelletiers ou apprêteurs pour les peaux de reptiles ou les fourrures.
Pourquoi les tanneurs barjolais choisirent-ils les bovins, quand l'élevage local portait sur l'ovin ou le caprin ? Sans doute par la proximité de Marseille, port d'importation et place importante du négoce des cuirs d'outre-mer, appelé "cuir ou peaux exotiques"

      .Au début du XXème siècle, près de 200 tanneries existaient dans le Var dont une trentaine à Barjols. Il s'agissait d'entreprises familiales occupant une ou quelques dizaines d'ouvriers. Parmi elles, la tannerie Paul VAILLANT remontait à 1606. En dehors de cet exemple de longévité, tout laisse à supposer que ces entreprises familiales duraient une à trois générations et étaient remplacées par d'autres. A titre d'exemple, en 1898, deux ouvriers du patron tanneur Célestin PLAUCHUD, Eugène PAYAN et Marius FABRE vinrent l'entretenir de leur intention de créer leur entreprise. Il les approuva avec le commentaire "le soleil luit pour tout le monde" et alla les présenter à Marseille à l'un des principaux importateurs de cuirs bruts exotiques.
Au fur et à mesure que certaines entreprises s'éteignaient pour diverses raisons, mauvaise gestion, manque d'héritiers, d'autres étaient créées par des anciens ouvriers.
Ces tanneries faisaient parties de l'orbite économique de Marseille, port d'importation des cuirs exotiques et d'exportation des cuirs tannés sur l'ensemble du bassin méditerranéen. (cliquez sur les photos)

vue sur les tanneries

aujourd'hui

A partir des cuirs exotiques, les tanneurs barjolais produisaient deux catégories de cuir : le cuir pour le dessus des chaussures (la tige) et le cuir à semelles et à talons. En fonction de leurs choix, les meilleurs allaient à la tige (vachette à huile), les choix secondaires à la semelle (cuir lissé). Les tanneries barjolaises connaissent leur apogée, spécialisées dans la petite vachette exotique, elles prennent une place prépondérante sur le marché français.
 
      Au début des années de 1900, l'apparition de nouvelles méthodes de tannage révolutionne l'industrie du cuir
:
 - le tannage "végétal" : obtenu à partir de tanins d'origine végétale en provenance de l'écorce de chêne blanc ou vert récoltée dans la région. Le temps de tannage compte tenu de la teneur en tanin de l'écorce (6 à 8%) durait plusieurs mois d'où son appellation de "tannage lent". L'arrivée de nouveaux extraits tannants, concentrés des tanins de bois de chataignier ou de québracho (arbre de l'Amérique Australe : Argentine), avec une teneur en tanin de 70 à 80%, permit de réduire l'opération de tannage à quelques semaines d'où son nom de "tannage rapide",
 - la véritable révolution repose sur la découverte du tannage au "chrome" qui ne dure que 24 heures, la concurrence devient alors très vive.

le pont des Augustins

aujourd'hui

      .Les autres ingrédients nécessaires étaient la chaux pour l'épilation et l'élimination de l'épiderme ; seul le derme est conservé pour le cuir tanné et les matières grasses, huiles de poisson et suif pour le graissage (la nourriture) du cuir en huile. Les huiles et l'extrait de québracho arrivaient par Marseille où se trouvaient aussi les usines chimiques et grossistes pour les produits accessoires. 
      .Le livre de comptes de Mrs PAYAN et FABRE de 1899/1900, nous donne une idée des relations commerciales des tanneurs : les achats de cuirs exotiques qui débarquaient à Marseille provenaient de l'Afrique, de l'Asie, de l'Arabie, de la Chine, de la Birmanie. Les autres produits, à l'exception des écorces, le suif et la chaux achetés aux producteurs locaux provenaient des grossistes de Marseille.
Les ventes étaient faites aux fabricants de chaussures locaux, aux cordonniers de Barjols et des villages voisins, aux fabricants de tiges et de talons.
Ce livre dévoile aussi l'importance des échanges de travail à façon entre confrères :
 - 12 tanneurs dont 10 à Barjols et 2 à Draguignan,
 - 22 fabricants de chaussures dont 7 à Marseille, 5 à Bargemon, 4 à Barjols, 3 à flayosc, 1 à Aix, Brignoles et Aups,
 - 4 cordonniers à Barjols et à Fox Amphoux  (cliquez sur les photos)

vue générale sur les tanneries

hier

aujourd'hui

      .Cinq tanneries restèrent en activité en 1918. La tannerie PAYAN et FABRE, faute de successeurs, s'arrêta en 1920. Eugène PAYAN, sans héritiers, légua ses biens à la mairie en 1938. En remerciement, une place et une rue de Barjols portent son nom. La tannerie CARLE ferma en 1928. Pendant ce temps, les trois tanneries restantes Paul VAILLANT et fils, Albert PLAUCHAUD et fils, et FASSY voyaient leur effectif dépasser chacune la centaine de salariés, pour représenter en 1939 un total de 450 personnes environ.

vue générale sur les tanneries
 

hier

aujourd'hui

     .Après la guerre 1939-1945, au fur et à mesure de leur croissance, elles reprirent les locaux de leurs anciens confrères. Devenus des ateliers, ces locaux conservèrent, pour le personnel, le nom de leurs anciens propriétaires. Cette expansion fut accompagnée d'une évolution technique avec le remplacement progressif du tannage aux extraits végétaux, par le tannage aux sels de chrome. Changement rendu nécessaire par la demande du principal débouché : la fabrique de chaussures qui, de la chaussure d'usage, passait à la chaussure de mode, avec ses deux saisons, été et hiver.
      .Cette évolution conduisit aussi, à un changement de l'approvisionnement. Les cuirs métropolitains commençaient à remplacer l'achat des cuirs exotiques importés par Marseille. Ces changements s'accélérèrent après 1950 (379 tanneries en 1954 en France) . La clientèle devint presque uniquement nationale, constituée par les producteurs de chaussures de grande série, lesquels jusque vers 1975 s'approvisionnaient à 80% dans les tanneries françaises (147 tanneries en France en 1964).
     .Hélas, cette part du marché chuta à moins de 25% avec l'apparition, sur le marché national, de la production des tanneries italiennes, américaines et espagnoles. Ce raz de marée que les tanneries françaises n'avaient pas prévu, provoqua la disparition de la plupart d'entre-elles, dont celles de Barjols, en dépit d'un marché en pleine expansion, car jusqu'à présent aucun autre matériau ne peut remplacer la "noblesse" du cuir.

     .Ainsi, en 1956 la tannerie FASSY et Fils ferma définitivement, la tannerie PLAUCHUD et Fils en septembre 1967 et la tannerie VAILLANT et Fils en septembre 1983.

      .Barjols aurait pu, peut-être continuer quelques années supplémentaires. Mais la qualité de l'eau trop dure empêchait de travailler le veau pour en faire des peaux souples de luxe (marché encore important soutenu par la mode) et la pollution de l'eau aurait nécessité des travaux très coûteux. (cliquez sur la photo)

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(cliquez sur les photos)




(maj : 27/05/2008)

 


II - REGARDS SUR LA CITE
; Tanneries : toute une vie, il n'y a rien à dire
(en 2003)

Au cours d'une de mes nombreuses promenades dans Barjols, j'ai trouvé un fascicule qui m'a profondément touché par son contenu et j'ai voulu (avec l'autorisation des auteurs) le partager avec vous. Ce fascicule, élaboré par des "jeunes" barjolais(es) conscients et fiers de ce passé, dévoile leur désir profond et sincère de parler et de conserver le patrimoine laissé par leurs parents et grands-parents. (cliquez sur les photos)


atelier de corroierie

       .Texte de Patrick AUBERT : donner la parole aux habitants, car je crois qu'il y a dans chaque histoire de vie, mêmes celles qui apparaissent les plus simples, une formidable richesse dont on ne profite souvent pas assez. J'ai, d'ailleurs, été le premier surpris d'apprendre que mon grand-père avait travaillé aux tanneries et que ma mère aussi avait failli y travailler. On croît tout savoir...Cela me motiva beaucoup pour la suite.
       .Naturellement, j'avais entendu parler de l'importance des tanneries à Barjols. Pourtant cela restait un vieux "truc", une époque vague plus ou moins lointaine et pas complètement réelle : comme un rêve que l'on fait la nuit et dont on se rappelle par petits bouts dans la journée, par flashs pas très précis, mais qui laissent toujours un sentiment bizarre.
      .Je déposai donc dans quelques commerces de Barjols, des imprimés avec un petit mot permettant aux Barjolais de s'exprimer simplement sur leur vie dans les tanneries : une anecdote, une histoire courte, un souvenir, une émotion...
Mon appel à la population ne fut couronné d'aucun succès. Tout s'est éclairé lorsque j'ai pris le temps de discuter directement avec les gens : "qu'est ce que vous voulez que je vous dise moi, j'y ai travaillé 40 ans, moi, aux tanneries. Voilà, 40 ans, toute ma vie, il n'y a rien à dire". Toute une vie et il n'y a rien à dire.
      .
Et pourtant, je sentais  bien dans le timbre de leur voix, qu'il y avait des choses "à dire". Hélas, les GENS pensent que leur vie n'est pas assez intéressante pour être écoutée et encore moins pour être écrite. Quel dommage !!!

      .Il a dû s'en passer des "choses" importantes dans la longue histoire de ces tanneries, où tant de GENS ont travaillé.

Combien de regards se sont croisés ?
Combien de relations en sont nées, amicales, conflictuelles,...amoureuses ?
Combien de nationalités, de cultures, de langues différentes se sont mélangées ?
Combien de larmes ont coulé ?
Combien de gouttes de sueurs sont tombées ?
Combien de fou rire et de colères ont éclaté ?
Combien de rêves sont nés ou se sont envolés ?
Combien de rumeurs ont été créées ?
Combien de salaires ont été négociés ?
Combien de réunions et de manifestations ont été organisées avant la fermeture définitive ?

       .Je réalise maintenant à quel point ce passé "OUVRIER" a profondément marqué mon village et contribue pour beaucoup dans ce qu'il est encore aujourd'hui, après de nombreuses années.


nos "Anciens" à l'intérieur d'un atelier

      .Texte de Gisèle TRABY : "Qu'évoquent pour vous les TANNERIES ?" : le dur labeur passé, la sueur des Hommes. Des restes de construction fantasmagorique qui font appel à la reconstruction, histoire de ne pas oublier le savoir des anciens....le souvenir.

      .Texte de Bernadette SEGOIN : comment ne pas me sentir bouleversée quand je considère ces locaux qui furent pleins de vie il y a 50 ans et au faîte de leur activité il y a 100 ans ?
Je n'ai qu'à fermer les yeux pour oublier la grisaille de ces bâtiments d'aujourd'hui, afin de recréer l'ambiance laborieuse de cette entreprise extraordinaire que représente une tannerie...J'y entends des centaines d'ouvriers travaillant dans la difficulté certes, mais dans la solidarité aussi, chaque spécialité contribuant à la réalisation du tannage prévu ...J'imagine l'odeur parfois insoutenable de certaines peaux animales arrivées à l'état brut, ou de certains produits chimiques faisant office de tanins...Je pense à cette fourmilière bruyante de tous ces appels, interjections, bavardages de l'ensemble de ces hommes et de ces femmes qui formaient des EQUIPES...Je devine aussi le vacarme de ces machines ou de ces chariots qu'on traîne, des sonneries des téléphones intérieurs de l'usine...
     .Oui, cet endroit a été vivant, constructif, noble, puisque le travail des hommes l'a habité et lui a donné son éclat, sa renommée...Ils peuvent être fiers, les ouvriers tanneurs, d'avoir permis à la cité d'être prospère dans le siècle que nous venons de laisser derrière nous. Ils peuvent se réjouir d'avoir été aussi nombreux dans cette corporation et, aussi heureux d'être ensemble pendant et après les dures heures de labeur...Acteurs de la vie barjolaise au quotidien, ils devaient donner tout leur sens à chaque occasion de fête, de retrouvailles. Comment ne pas se souvenir que l'on comptait, au début du XXème siècle, trois groupes musicaux ou Harmonies, et que tout prétexte était bon, alors, pour se retrouver dans le village, soit sur la place de la Rouguière, soit au lavoir, soit au bar ?
     .Je ne suis barjolaise que depuis 26 ans, mais je reste toujours aussi sensible à cette odeur de cuir qui subsiste dans ces lieux porteurs de l'histoire de ce village et je remercie les "tanneurs" d'avoir imprégné nos vieux quartiers de leur "vécu", de leur "travail", de leurs "efforts", mais aussi de leur "noblesse d'âme", de leur "abnégation", de leur "sens du devoir", de leur "humanité".


nos "Anciens" à l'intérieur d'un atelier

        .Texte de Daniel NIRONI : des souvenirs de mon enfance sur les tanneries il ne m'en reste qu'un en particulier, c'est le jour où mon père nous annonça son licenciement des tanneries Fass en 1955. Très jeune enfant, cette situation ne m'avait pas particulièrement marqué, il est vrai qu'à l'époque cette condition sociale était moins douloureuse car le travail était plus accessible que de nos jours. Le reste des années d'enfance se déroula sans évènements particulier, la vie quotidienne était rythmée par l'activité industrielle au centre de laquelle s'imposaient les tanneries.
 .Adolescent j'allais découvrir mon village avec ses habitants, ses habitudes, ses activités, ses animations, ses coutumes, ses histoires...
La première histoire, c'est l'Histoire qui l'a écrite : mon grand père poursuivi par les fascistes italiens immigra en France. Après plusieurs étapes dans l'hexagone, c'est à Barjols qu'il rencontra les meilleures conditions d'accueil auprès des habitants et la possibilité de gagner sa vie en travaillant aux tanneries. Il s'en trouva suffisamment rassuré pour faire venir sa famille restée en Italie. Je suis petit fils et fils d'immigrés et je ne le suis pas le seul à Barjols. Les piémontais étaient déjà là ainsi que les arméniens rescapés d'un terrible génocide, les socialistes italiens pourchassés par Mussolini, puis les espagnols républicains traqués par les troupes de Franco et bien d'autres..
La grande majorité de ces hommes et certaines femmes allaient se trouver autour d'un même travail. Ce travail bien souvent pénible demandait du courage, de la solidarité, et du respect à tous ceux et celles qui l'accomplissaient. Ils apprirent à se connaître et à s'apprécier au delà de leurs origines et de leurs cultures, à l'usine là, où leur intégration à la vie de la commune commençait.
Dans cet environnement industriel deux éléments étaient comme des points de repère pour les Barjolais :
 - l'odeur particulière, liée à la fabrication du cuir, nous y étions tous habitués au point de l'oublier. Seuls les étrangers à la commune ou des amis invités nous le faisaient remarquer. Pour nous cette odeur n'était pas forcément désagréable, elle était même rassurante. Certains murs de notre cité la "porte" encore en eux, comme si après tant d'années, ils ne voulaient pas l'oublier et nous la rappeler un peu tous les jours.
 - le bruit des sirènes, deux coups successifs le matin, le midi, à 13h30 et le soir. Ce son avait la magie de remplir et de vider de sa population les rues  de notre village; avec une certaine nostalgie le son de ces sirènes me manque parfois..

 

      .Les temps changèrent avec la concurrence étrangère: l'affaiblissement de la filière cuir en France. Malgré les différentes luttes pour maintenir cet outil de travail et en dépit des ultimes combats des ouvriers, des cadres, des chefs d'entreprises et des élus, les tanneries cessèrent leurs activités les unes après les autres. Quelques familles partirent de notre village vers d'autres villes où le travail de tanneur existait encore. Des amis et amies quittèrent notre école et collège. Heureusement, le développement de notre commune, induit de l'activité des tanneries, permit à un bon nombre de tanneurs de se repositionner professionnellement dans le village.

      .Aujourd'hui évaluons l'héritage que nous laisse la disparition de ce secteur industriel : économiquement de solides fondations sont apparues après l'effondrement des murs de l'activité des tanneries. Un tissu économique était créé avec un commerce bien installé, reconnu, des métiers de services appréciés, des administrations omniprésentes. Cet ensemble a entraîné et facilité un nouveau développement et de nouveaux équipements autour du secteur social, de la santé, du tourisme, du commerce et de l'éducation. Barjols mérite bien son rang de Bourg-Centre. Socialement les échanges entre les différentes communautés ont créé un état d'esprit, une mentalité propre à Barjols et aux Barjolais. L'ouverture d'esprit, la tolérance, le respect des coutumes et le maintien des traditions, comme pour remercier le village de son accueil et de sa générosité, en son les principaux traits. Un nouvel arrivant ne reste pas longtemps "l'étranger" s'il comprend, s'il accepte et respecte les quelques principes de vie commune établis tout au long de ces années d'Histoire, il sera vite intégré à cette grande et solide communauté.

   .Et demain...je pense qu'il y a deux richesses à Barjols : son Histoire et son Eau. Dans les deux, les tanneries ont laissé leurs empreintes qui ne sont  en partie, à ce jour, que des friches industrielles. Si elles doivent disparaître, un nouveau Quartier doit surtout apparaître dans la concertation de la population et dans le but d'établir un nouvel équilibre du village, avec dans cette réhabilitation le souci de garder la trace de l'histoire industrielle de notre village, tant dans la mémoire que dans la pierre


nos "Anciens" à l'intérieur d'un atelier

       .Texte de Camille, 25 ans, Barjolaise : "jeune" je n'ai malheureusement pas de souvenirs des tanneries en activité...je ne l'ai connues et vécues qu'à travers les récits de mon grand père, pour le court passage qu'il y a effectué et par ma grand-mère plus habile dans la manière de décrire Barjols et les Barjolais de cette époque.
    .J'aurais aimé connaître Barjols avec les Tanneries en activité....aujourd'hui je ne peux qu'imaginer ce que pouvait être la vie barjolaise rythmée aux heures d'entrée et de sortie, allant et venant dans le village, à pieds, à bicyclettes en petits groupes...
Je suppose que malgré la fatigue de la journée, les sorties des tanneries le soir devaient créer une ambiance particulière et susciter des vrais moments de bonne humeur, de camaraderie et de rigolades dans le village...
   .Peut-être que je me trompe...Mais j'ai vraiment l'impression que Barjols était plus vivant avec les Tanneries qu'elles créaient un véritable lien entre les barjolais, ils vivaient et partageaient des moments ensemble...
   .Aujourd'hui, je reconnais que leur vue en entrant dans le village n'est pas très gracieuse et qu'il serait bon d'envisager un réel projet pour les réhabiliter...
   .Ceci dit je pense aussi qu'elles font réellement partie du passé et de la mémoire collective de tous les barjolais que nous sommes et qu'il ne faudrait pas les "gommer" de façon brutale sous prétexte d'esthétique..
A nous de continuer à les faire vivre autrement.

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III - LES DIFFERENTES ETAPES DU TANNAGE

       .Le tanneur ne présente pas au tannage la peau brute telle qu'il la reçoit de l'usine. Car la peau est directement traitée afin d'empêcher toute dégradation. Les techniques, dites de conservation font appel à une déshydratation de la peau : salage et séchage.
Le tanneur reçoit donc une peau plus ou moins déshydratée qui est constituée de l'épiderme, du derme et du tissu sous cutané. Or, seul le derme intéresse le tanneur. Il lui fait subir plusieurs "opérations" au cours duquel il élimine les souillures superficielles.

               
                A - LE TANNAGE VEGETAL (tableau synoptique)

       .Dans un premier temps il faut réhydrater, laver la peau, éliminer le tissus sous cutané et préparer le derme : l'ensemble de ces opérations porte le nom de "Tannage rivière"

 


 

  I - le tannage rivière :

         1 - la trempe ou le reverdissage : c'est la première opération réalisée par le tanneur. Elle consiste à réhydrater la peau, c'est-à-dire à lui restituer l'eau qu'elle a perdue lors de la conservation : immersion plus ou moins prolongées dans une eau agitée et renouvelée. Ainsi la peau absorbe le plus d'eau possible afin de lui rendre tout la souplesse qu'elle a perdue au cours de sa conservation dans le sel. Cette opération, exécutée au début du XX ème siècle à la main, est effectuée maintenant dans les tonneaux à foulon. (cliquez sur la photo)

tonneaux à foulon

     2 - l'épilage - le pelanage : ces opérations sont conjointes. L'épilage a pour but l'élimination de l'épiderme et du poil. Le pelanage modifie la structure du derme et influence les propriétés physiques du cuir telle que la souplesse par exemple. La peau est mise dans des pelains (grands bacs contenant de la chaux qui aident à dissoudre la kératine : scéroprotéine imperméable à l'eau, riche en soufre, substance fondamentale des poils, ongles etc..).Comme précédemment, cette tâche, exécutée jadis à la main, est réalisée actuellement dans les tonneaux à foulon.

      3 - l'écharnage : l'écharnage se réalise sur des machines spécialement conçues à cet effet. Il a pour but d'éliminer le tissu sous cutané de la peau et les déchets de viandes et de graisses restant après l'habillage. C'est une machine caractérisée par un cylindre dont les lames sont affûtées et coupantes, qui arrachent et sectionnent le tissu sous cutané. Les déchets constituent la carcasse ou la colle. Après rognage ou échantillonnage des lambeaux encore adhérents sur les bords de la peau, les peaux sont pesées. Ce poids constitue la nouvelle référence de la matière première. A ce stade, la peau est prête pour le tannage qui consiste à le rendre imputrescible. Jadis, la peau, placée sur un chevalet, était écharnée à l'aide d'un couteau à lame légèrement incurvée (couteau de rivière : les ouvriers, qui exécutaient ce travail durant une grande partie leur vie, avaient leurs poignets déformés).

   II - le tannage (semelle):
   .C'est la deuxième étape. Le tanneur a la matière première débarrassée de l'épiderme et du tissu sous cutané. Elle est gonflée et chargée de produits chimiques, ce qui ne convient pas pour le tannage. La peau subira donc les opérations suivantes :
      4 - le  déchaulage : le but de cette opération consiste à enlever les produits chimiques et à dégonfler la peau. Elle est réalisée dans un tonneau à foulon et dure de 6 à 18 heures.

       5 - la basserie : le traitement des peaux dans la basserie constitue la première étape du tannage rapide. La basserie est constituée d'une série de cuves communiquant entre-elles par un système de "trop plein". Ces cuves de basseries renferment des solutions de tanins végétaux doux, dont la concentration va croissante, depuis la cuve de tête jusqu'à la dernière cuve. Les peau séjournent plusieurs jours dans chacune des cuves. La durée totale du séjour en basserie est de 4 semaines environ.

       6 - le tannage au foulon : le cuir sortant de la basserie est tanné, mais pas suffisamment pour du cuir à semelle. La peau peut encore fixer beaucoup de tanins, c'est le rôle du tannage au foulon qui se réalise dans des bains plus concentrés et qui dure entre 3 à 6 jours selon les techniques utilisées
   l'établissage : après tannage, les peaux sont empilées pendant 48 heures pour un mûrissement.

   III - le corroyage :
   Les peau sont tannées, elles sont mouillées, imprégnées du bain de tannage. Il faut maintenant les sécher, mais aussi leur conférer leur caractère (fermeté, présentation...) et définir leur composition (teneur en matières lavables...). Ceci est le rôle des opérations de corroyage.

        7 - l'essorage : cette opération peut se réaliser, soit avec une essoreuse, soit avec une presse. Son but est double et consiste d'une part à communiquer à la peau un pouvoir absorbant et d'autre part à éliminer une partie du liquide chargé en tanins.

        8 - le contre écharnage : il s'agit de parfaire l'écharnage de manière à ce que les chairs du cuir fini soient parfaitement propre. Ceci est réalisé par une machine au pouvoir coupant limité de façon à ne pas entamer le derme.

        9 - le retannage : réalisé au foulon, le retannage est la dernière opération durant laquelle le tanneur pourra intervenir, en ajoutant ou en faisant réagir des produits pour modifier la composition chimique du cuir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       10 - la mise au vent : à la sortie du retannage, le cuir est humide. Cette opération consiste à sécher, à étirer et à aplanir le cuir. La peau devient plane, lisse et acquiert un certain brillant.(cliquez sur les photos)

la mise au vent des cuirs

      11 - la demie sèche : opération délicate, qu'il faut conduire lentement, afin d'éviter que le cuir ne soit séché trop rapidement et qu'il soit coloré et fragilisé par des remontées de tanins non fixés sur la fleur. Elle dure entre 3 et 7 jours pour amener le cuir à 30-35% d'humidité pour que la peau puisse subir une 2èm mise au vent.

      12 - le retenage : la peau est de nouveau légèrement gondolée. Cette 2ème mise au vent lui rend son aspect lisse et brillant

     13 - la sèche : il s'agit d'amener le cuir à environ 16-18% d'humidité, ceci pour réaliser la dernière opération (cliquez sur la photo)

séchoir sur glaces

hier

aujourd'hui

      14 - le battage ou le cylindrage : selon la destination du cuir à semelle, le client peut rechercher des semelles très fermes, on utilisera alors la machine à battre. Si, au contraire, on recherche du cuir moins ferme, voire souple, on utilisera la machine à cylindrer.

      15 - la pesée : après un petit complément de sèche et un échantillonnage, les cuirs sont pesés car ils sont vendus au poids

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        B - LE TANNAGE AU CHROME
(tableau synoptique)

    .Lorsqu'en 1787, le chimiste français Vauquelin découvrit le chrome, pas un tanneur n'imaginait que les sels de ce métal révolutionneraient la fabrication du cuir. Il a fallut attendre le début de 1900, pour voir les premières applications industrielles et progressivement, la majorité des cuirs ont été tannés avec des sels de chrome. Un des avantages, et non des moindre, réside dans la rapidité de son exécution (24 heures maximun). En revanche, les conditions opératoires sont très strictes. Comme le cuir végétal, il devra parcourir au cours de la fabrication les mêmes étapes  : rivière, tannage, corroyage, finissage.

  I - le tannage rivière : la préparation du derme se réalise, comme le cuir végétal, en plusieurs opérations :  - trempe, - pelain, - écharnage). Ces opérations sont les mêmes que celles du tannage végétal des gros cuirs. Il faut simplement noter que :
     1 - la trempe se réalise au foulon et dure entre 6 et 18 heures,

     2 - l'épilage-pelage est aussi une opération conjointe et se réalise dans le même foulon. Sa durée est plus courte : 24 heures.

 

 

 


     3 - après l'écharnage, on peut procéder au refendage de la peau. Dans cet exposé nous l'avons placé après le tannage, parce que c'est la technique la plus employée.

 


 

         

 


   II - le tannage
: les peaux sont gonflées et alcalines il faut donc les préparer au tannage.


      4 - le déchaulage-confit : est une opération chimique en présence de plusieurs produits combinés. Le confit est une opération biochimique qui contribue à augmenter la souplesse de la peau. Elle complètera la dégradation des résidus épidermiques, donnant une fleur plus propre et lisse (durée une heure à une heure et demi et se réalise au foulon)

      5 - le picklage : la peau déchaulée ne convient pas au tannage. Il faut l'acidifier pour que les sels de chrome puissent agir. L'opération se réalise dans le même foulon que celui qui a servi au déchaulage et dure de 4 à 12 heures.

        6 - tannage et mûrissement :cette opération s'effectue grâce à des sels de chrome que l'on ajoute au bain de picklage. Elle dure de 6 à 8 heures dans les foulons.

 

 

  

 

 

 

 

  III - le corroyage : les peaux des bovins tannées sont très hétérogènes et épaisses. Il faudra donc non seulement les égaliser, mais également les refendre. La peau sera ainsi dédoublée en deux partie : la fleur et la croûte. Dans le tableau synoptique 2, nous voyons les différentes opérations de corroyage propres à ces deux parties de la peau. En revanche, dans cet exposé, nous ne développerons que la fabrication concernant le traitement de la fleur.

        7 - l'essorage : cette opération se réalise sur des machines à cylindres de feutre. Elle est destinée à éliminer mécaniquement une forte proportion d'eau du cuir (cliquez sur le croquis)

        

         8 - le refendage : cette opération a pour but d'égaliser le cuir en épaisseur en le séparant en deux feuilles, l'une portant le côté fleur d'épaisseur uniforme, l'autre le côté chair appelé "croûte". (cliquez sur les photos

   

  

            9 - le dérayage : comme le refendage, il permet d'égaliser le cuir en épaisseur, mais avec plus de précision. L'excès de cuir est éliminé à l'état de copeaux appelés "dérayures", qui constitue un déchet. (cliquez sur le croquis)

       10 - la neutralisation : travail qui consiste à éliminer l'acidité de la peau pour la préparer pour les opérations suivantes :

         11 - le retannage : opération chimique qui a pour but de donner au cuir fini sa main, son plein, en garnissant de préférence les parties spongieuses de la peau. Cette phase contribue pour une grande part dans la qualité du cuir fini.

         12 - la teinture : coloration de la peau plus ou moins en profondeur.

         13 - la nourriture : elle consiste à faire absorber au cuir des quantités variables de matières grasses dans le but, soit de donner de la souplesse au cuir, soit de lui conférer une certaine imperméabilité, soit les deux.

         14 - l'essorage / 15 - la mise au vent : (voir tannage végétal)

         16 - la sèche : le cuir est gorgé d'eau, il faut le sécher pour le rendre utilisable. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées, soit en suspendant le cuir dans un séchoir ou un tunnel, soit en le collant sur une glace et en utilisant un tunnel, soit en le séchant sous vide. Dans ces deux cas, la sèche est réalisée en plaquant la peau sur une surface plane, ce qui a pour effet de la fixer dans cet état.

         17 - la mise en humeur : à la sortie de la sèche, la peau est ferme. Il convient de l'assouplir en l'humidifiant. Ceci est effectué en mettant les peaux dans de la sciure humide.

        18 - le palisson : ce travail consiste à étirer fortement le cuir dans toutes les directions afin de séparer les fibres les unes des autres et donner ainsi de la souplesse au cuir.

         19 - la sèche : les cuirs sont séchés et tendus de façon à les étirer au maximun et à les rendre plein. Ceci se réalise soit sur la sèche sous vide, soit en cadrant la peau.

séchoir sous vide

          20 - le ponçage : cette opération se pratique sur fleur ou sur chair, pour modifier l'aspect des surfaces. Dans le cas des ponçages sur fleur, il y a élimination des défauts superficiels, mais détérioration du grain naturel de la peau qui fait le charme du cuir.

 Machine à blanchir et dispositif de dépoussièrage

 


C - LE FINISSAGE


    Le produit qui se présente à l'atelier de finissage est une peau plate, de couleur mate, souple mais souvent perméable à l'eau et peu présentable. Il est donc nécessaire de protéger la "fleur" et de donner au cuir une présentation marchande. On y parvient en appliquant des couches plus ou moins épaisses et transparentes, de peinture spéciales. L'ensemble de ces opérations nécessaires à cette application est appelé "finissage"

     

    Les traitements successifs subis par la peau (tannage, retannage, teinture, etc..) ont rendu sa surface plus ou moins sensible aux différents produits de finissage. De plus les peaux sont très différentes les unes des autres et leur hétérogénéité nécessite d'adapter les solutions à appliquer (viscosité, teneur en pigment, etc..). Il est donc impératif de bien connaître son support (la peau), avant de commencer son finissage.

      

   Un finissage est un mélange de produits chimiques qui, convenablement associés, présente la particularité de sécher et de former un "film" (ou feuil) protecteur d'excellente présentation. Ce film doit avoir des propriétés telles que : souplesse, tenue à l'eau, voire aux solvants, tenue à la lumiére, transparence, etc.. L'application de ce film peut se faire par couches  successives de composition différente, la dernière couche appliquée pouvant fixer la précédente.

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IV - GLOSSAIRE

      Quelques définitions contenues dans le fascicule de Mr Plauchud, précisent les différentes opérations du tannage des peaux et dévoilent la "pénibilité" de ce travail accompli par des Hommes et des Femmes à qui nous devons, non seulement le respect, mais également le devoir de préserver de l'oubli cette période industrielle de Barjols.

       - le travail de rivière : opérations préliminaires débarrassant le derme des autres tissus de la peau (épiderme et productions épidermiques, tissu sous cutané).
        - la trempe : première de ces opérations qui rend à la peau, conservée par salage ou par séchage, sa teneur en eau. Pouvait se faire par immersion dans une rivière.
      - chaulage : élimination de l'épiderme et des poils dans un bain de chaux.
      - peau en tripe : derme prêt au tannage ayant l'apparence des tripes.
      - tan : écorce de chêne.
      - moëllon : huile de poisson oxydée contenant de l'eau en émulsion, sert d'agent de pénétration aux matières grasses dans le cuir en huile.
      - degras : mélange de moëllon, huile de poisson et suif pour l'opération de graissage ou nourriture. Cette opération, qui s'effectuait jadis à la main, est réalisée par les tonneaux à foulon.
      - cuir en croûte : cuir tenu sec, vendu à l'état aux corroyeurs. Cette opération entre tanneurs et corroyeurs, courante en Bretagne et en Normandie, était l'exception dans le Var.
      - croûte : partie inférieure après refente en épaisseur du cuir demi-tanné. Pouvait être finie en huile ou lissée (pour les semelles et talons).
      - vachette ou couplet : cuir en huile travaillé entier.
      - bande : moitié de la peau coupée en deux suivant l'arête dorsale.
      - fleur : côté externe de la peau.
      - chair : côté interne de la peau. Le cuir en huile est utilisé sur chair dans les chaussures de marche, militaires et de montagne.
      - vachette ou croûte cirée : finissage côté chair avec un cirage noir à base d'huile de lin.

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